Merci Luce Michel et Thierry Maugenest de participer à cette interview qui nous permettra de mieux connaître votre roman L’évangile selon Tinder publié aux éditions Robert Laffont dont vous êtes les heureux parents !

Commençons par le commencement !

Je vous présente la couverture du roman ainsi que sa quatrième de couverture :

Quatrième de couverture :

Jeu, like et match !

Mimi69, âge non renseigné. Aime la littérature (sans préciser laquelle), les soirées foot-bière-pizza-rebière, la plongée sous-marine, les balades en forêt, les bars à vin.
Enfin, ça, c’est ce que mon profil dit de moi. (Tout est faux, ou presque.) Mais, dans la vraie vie, j’ai surtout une rédactrice en chef qui, par (perversité) bonté, m’a collé sur le dos LE dossier de l’été: l’amour à l’heure de la rencontre virtuelle. Alors, je like et je matche, je like et je matche, je like…


C’est ainsi qu’Emma M. Lawrence, croyant n’avoir affaire qu’à un énième article à écrire, va s’aventurer dans un labyrinthe amoureux 2.0, où elle croisera la route de Matthieu, Marc, Luc et Jean. À l’issue de ce parcours initiatique, elle se sera forgé sa propre religion.

Pourriez-vous chacun présenter votre acolyte ? Faites vous plaisir ! 😉

Luce : Thierry est quelqu’un d’incroyable. Un auteur capable de s’attaquer à n’importe quel sujet avec une maîtrise parfaite du jeu, un co-auteur disponible à tout instant pour rassurer, approuver, contredire, redonner le bon rythme, rire, s’amuser, travailler. Merci Tinder pour cette rencontre ! 

Thierry : Luce est une grande romancière, seulement, elle l’ignore. (Quand bien même vous lui diriez, elle vous écouterait avec une moue incrédule, convaincue d’avoir affaire à un flatteur). Mais qu’importe ce qu’elle pense d’elle-même puisque ses écrits… parlent d’eux-mêmes !

Dites nous comment est né ce livre, cette histoire ? 

Thierry : Il est né d’un constat : l’univers des sites de rencontre est éminemment romanesque. S’y aventurer, même du bout des doigts, c’est y rencontrer des dizaines de personnages de roman qui vous attendent, qui ne demandent qu’à prendre vie sous votre plume.

Luce : Thierry en est l’instigateur. Les rencontres virtuelles étaient déjà très présentes dans l’univers amoureux quand on a commencé la rédaction du roman, et avec les confinements et la fermeture de tout lieu de sociabilisation, le phénomène s’est depuis décuplé. 

L’idée d’écrire ensemble a-t-elle été une évidence ? Qui a entraîné l’autre ? Comment c’est devenu une histoire à quatre mains ?

Luce : C’est Thierry qui m’a contactée par le biais d’un ami commun, l’écrivain Jean-Paul Delfino. On a bavardé au téléphone, il m’a envoyé le projet, je lui ai retourné quelques pages écrites sous confinement total un jour de pluie… la suite, vous l’avez entre vos mains !

Thierry : Le partage des tâches s’est fait naturellement. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que j’écris un livre en collaboration. Dans cet exercice, il n’y a qu’une seule étape qui importe, et c’est la toute première : bien choisir son co-auteur ! Tout le reste coule alors de source

Dans la phase d’écriture, comment avez-vous procédé concrètement à ce partage ? Est-ce un exercice facile ?

Luce : Sincèrement, je ne sais plus. Même si on a beaucoup travaillé chacun chez soi, arrive un moment où tout se mêle, tout se répond. Une idée fuse, un dialogue est repris en commun. L’un lance une idée, l’autre la saisit au vol et la couche sur le papier. On relit ensemble, on corrige, on modifie un adverbe, une virgule, un tout petit détail mais qui rompt à nos oreilles la musique de la phrase… et on continue à se raconter une histoire.

Thierry : ici, il s’agit d’une question trop technique à mon goût ; seul le résultat importe au lecteur, savoir qui a fait quoi et à quel moment risque selon moi de brouiller le message principal du livre, qui reste un tout, et non une addition d’apport personnels.

Est-il facile d’être sur la même longueur d’onde ? L’un de vous aurait pu vouloir prendre une autre direction à un moment donné ?

Thierry : Bien sûr qu’on a des idées différentes, et parfois divergentes ; si ce n’était pas le cas, il n’y aurait aucune raison de co-écrire le moindre livre. Il s’agit alors d’examiner les idées de l’autre, les entériner ou les rejeter, tout ça avec un art consommé de la diplomatie (d’où l’importance, pardonnez-moi de me répéter, de la première étape de la co-écriture : bien choisir son co-auteur !) Et c’est dans cette complémentarité que se construit une œuvre originale, qu’aucun auteur n’aurait plus écrire seul justement.

 Luce : Il est très facile de travailler avec Thierry. Parce qu’il a l’habitude de l’exercice à quatre mains, déjà, mais surtout parce qu’il n’impose rien, à aucun moment. La discussion est toujours ouverte. Je pense aussi que nous avons la même sensibilité sur les sujets traités dans le roman, et que c’était probablement essentiel dans cette aventure.

Est ce que L’évangile selon Tinder pourrait être porté à l’écran ?

Luce : il DOIT l’être ! On a déjà  le casting !

Thierry : Grave ! 😝

Justement un mot sur ces sites de rencontre ? Qu’en pensez-vous ? 

Thierry : Ce sont des révélateurs de personnalité (pas nécessairement pour le pire… pour le meilleur parfois). L’anonymat (provisoire) permet aux uns et aux autres de se livrer comme ils n’oseraient jamais le faire de visu, face à un ou une inconnue. La manière de rédiger un message en dit également long sur celui ou celle qui vous écrit. Mais les applis de rencontre, c’est aussi (et surtout) l’expression même du capitalisme : ils incitent à la consommation débridée. Une fois inscrit, nous y sommes aussitôt consommateur et objet de consommation. Le danger, c’est alors l’addiction.

Luce : Je les ai découverts à l’occasion de l’écriture de ce roman, je n’avais jamais swipé de ma vie auparavant. J’avoue ne pas trop savoir quoi en penser. Par moments, j’ai l’impression qu’on se permet des choses qu’on n’oserait jamais dans le réel : on disparaît, on ment, on triche, on s’invente une vie. Il y a un côté Lidl des sentiments aussi, un « bah, ça compte pas, c’est une rencontre Tinder, je peux me comporter comme un porc/une salope, c’est pas grave ! » J’ai aussi été frappée par la solitude de certaines personnes, leur réelle détresse affective. 

D’autre projets sont prévus ? Ensemble ? Séparément ? 

Thierry : séparément oui : un essai sur les mathématiques, la philosophie ; un roman historique également. Ensemble, ça dépendra surtout du public, de nos lecteurs. S’ils plébiscitent cet opus, il se pourrait bien qu’on vous raconte la suite des aventures d’Emma…

Luce : Oui, mon prochain roman sort aux éditions Pygmalion en novembre et j’ai aussi d’autres projets en cours. Thierry a oublié de vous dire qu’il sortait un merveilleux roman à quatre mains en juin, aux éditions Amok, Toutes les mers sont nomades, co-écrit avec Laetitia Secq. Et puis, on espère bien retravailler ensemble !

Renouvèlerez-vous cette expérience ? 

Luce : Oui !!

Thierry : cf. question précédente…

Un petit mot pour la fin ? 

Thierry : Le mot de la fin, je l’emprunterai au personnage de Figaro dans le Barbier de Séville, qui se dépêche de rire de tout de peur d’avoir un jour à en pleurer. Voilà un peu l’idée de ce roman, qui reste une comédie, mais traite néanmoins d’un sujet grave, celui de la déshumanisation des rapports sociaux.

Luce : Je ne vois qu’une chose à ajouter : Merci !

Je tiens à remercier les Editions Robert Laffont, Thierry Maugenest et bien sûr Luce Michel avec qui un lien s’est créé depuis quelques années et c’est toujours un plaisir d’échanger un petit mot comme nous le faisons.

Je suis ravie de vous avoir accompagné, à ma façon, pour la venue au monde de ce bébé, né aujourd’hui !

Bonne lecture,

L.